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    MAI  2019

   

Monsieur le Président de la République,

 

 

Nous avons écouté avec attention votre discours du 24 avril 2019, qui clôturait le grand débat national.

Nous avons entendu que vous souhaitiez mettre l'accent, en terme de politique publique, sur la protection de la toute petite enfance. Ainsi, vous avez souligné l'importance des 1000 premiers jours de la vie d'un petit Humain. Nous saluons cette prise de conscience publique. Vous avez également parlé de solidarité, mis en lumière la situation difficile des mères, en particulier isolées, notamment lorsqu'elles doivent concilier maternité et travail. Vous avez rappelé qu'afin de lutter contre le réchauffement climatique et de préserver notre planète, un changement profond de nos habitudes de vies devait s'initier, se pérenniser. 
Enfin, vous avez insisté sur l'importance de l'accès aux soins pour chaque citoyen, réaffirmé la volonté de votre gouvernement d'agir en ce sens.

Nous avons été sensible à ces éléments de votre discours.

La Coordination Française pour l'Allaitement Maternel ( CoFAM ), association loi 1901, reconnue d'utilité publique au titre de son double intérêt général scientifique et social, sans idéologie politique ou religieuse, oeuvre pour la diffusion des recommandations scientifiques autour de l'allaitement maternel, en particulier celles de l'OMS ( un allaitement maternel exclusif est recommandé jusqu'aux 6 mois de vie, puis peu à peu complété par des aliments solides jusqu'à 2 ans minimum, voire plus en fonction des souhaits de la dyade mère-enfant ). Notre comité scientifique, constitué de médecins, sage-femmes, pharmaciens, infirmières spécialisées, a publié plusieurs recommandations sur le sujet.

Nous agissons également, au travers de campagnes et de journées de sensibilisation, pour l'équité dans l'accès au soutien et aux soins pour les femmes qui décident de faire ce choix d'allaiter leur enfant, pour qu'elles puissent le vivre aussi longtemps qu'elles le souhaitent.

Nous oeuvrons afin que ce choix reste éclairé pour chaque famille. Ainsi, nous dénonçons les infractions, multiples, permanentes, au Code International de Commercialisation des substituts du lait maternel, malheureusement repris partiellement seulement dans la loi française, ce qui a valu à notre pays des avertissements répétés de l'OMS, et du Children Rights Commitee.

Nous souhaitons également qu'injurier, isoler contre leur gré ou traiter de façon différente une femme allaitante et son enfant, en public ou pas, soient considérés comme une discrimination et traités comme tels.

Nous fédérons de très nombreux acteurs locaux et nationaux qui soutiennent les familles allaitantes. Nos adhérents :  associations, professionnels, particuliers, entreprises, etc., tissent sur le territoire français un formidable réseau pour tenter d'apporter soutien et information à de nombreuses familles, faire le lien avec les professionnels de santé compétents en la matière. Ce travail bénévole est difficile, peu valorisé. En effet, les politiques publiques pour soutenir cette recommandation de l'OMS, dont la légitimité en termes de santé publique est indiscutable (nous ne déroulerons pas ici la longue liste des risques avérés par la Science attribués aux préparations commerciales pour nourrissons), manquent cruellement. 

Il existe pourtant des recommandations nationales (ANAES 2002, HAS 2006, Inpes 2009, Rapport Turck 2010, PNNS 2011-15, et probablement le PNNS en cours d'élaboration) mais, sans volonté politique forte, elles ne sont pas appliquées, ne le seront jamais, puisque les entreprises en infraction du Code sont omniprésentes.
Le Code International de Commercialisation, pourtant établi par l'OMS en 1981 pour protéger les enfants (allaités ou non) des pratiques non éthiques des fabricants et des distributeurs, est piétiné chaque jour en France. A ce sujet, IBFAN (International Baby Food Action Network) a produit un rapport pointant les efforts faits par notre pays à ce sujet et surtout les manquements permettant ces infractions en toute impunité (The Committee of the Rights of the Child - Session 71 -  January 2016 : Report on the situation of infant and young child feeding in France). 
Nous pensons qu'allaiter est un droit pour une mère et ses enfants, que les femmes ne peuvent pas exercer en toute équité en raison, entre autres, des disparités de traitement sur le lieu de travail, et des discriminations qu'elles subissent en public. Nous souhaitons que la loi soit plus précise et systématiquement appliquée en ce qui concerne le droit d'allaiter et de travailler. A ce sujet, rappelons que la France a ratifié la convention 183 et la recommandation 191 adoptées lors de la conférence annuelle de l’OIT en 2000 , sans jamais exiger concrètement leur application.

Le rapport WTI 2018 met en exergue de façon très objective ces différents manquements. 

Enfin, il va sans dire que l'allaitement estune pratique totalement écologique, très économique ne nécessitant aucune énergie polluante, ne générant aucun déchet. Elle devrait par conséquent être davantage encouragée, soutenue par nos pouvoirs publics, en particulier au sein des populations en situation de précarité, dont l'accès aux soins est plus compliqué.

Nous avons donc effectivement été sensibles à ces propos de votre discours. Nous espérons que vous en ayez réellement saisi la profondeur, que nous observerons des avancées concrètes en conséquence. 

Protéger la petite enfance, ce n'est évidemment pas que protéger l'allaitement des conflits d'intérêt et du marketing mensonger. C'est aussi lutter contre les violences, parfois considérées comme éducatives, le mal logement, les inégalités et bien entendu améliorer les conditions et la durée des congés postnataux en incluant les deux parents.

Mais cela ne commence-t-il pas par cela, la santé, le premier contact avec le monde extérieur, la première gorgée de lait ?

Ci-joint vous trouverez l'article du Dr Dominique Leyronnas dans le magazine du collectif Spirale, pédiatre néonatologiste, membre de notre Conseil d'Administration et de notre Conseil Scientifique, écrit à l'occasion des élections présidentielles qui vous ont menées à ce poste. Il vous encouragera à faire respecter l'Enfance, en commençant par le tout début : l'accueil du nouveau-né en ce monde, la protection de sa famille, à commencer par sa mère. 

En vous remerciant de l'attention que vous porterez à ce courrier, nous sommes à la disposition des instances publiques pour toute collaboration à ce sujet. 

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président de la République, nos plus respectueuses salutations. 

 

 

Dr Sarah Bertrand, Présidente de la Coordination Française pour l'Allaitement Maternel, pour la CoFAM

A l’attention de Mr Emmanuel Macron, Président de la République
Copie à Mme Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé
Copie à Mme Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat pour l’égalité des femmes et des hommes
Copie à Mr François De Rugy, Ministre de la Transition écologique et solidaire