Quel est le point commun entre ces différentes actions ?

  • Des pharmaciens qui exposent dans leur vitrine des boites de lait infantile 1er âge
  • Des commerciaux des laboratoires de lait qui donnent des cadeaux publicitaires au personnel des PMI
  • Des maternités qui placardent dans leurs couloirs des affiches vantant les mérites des laits industriels
  • Des vendeurs de biberons qui dispensent des formations sur l'allaitement maternel lors de salon d'articles de puériculture

La réponse se trouve dans notre document "Cherchez l'erreur", qui permet de mieux comprendre le code international de commercialisation des substituts du lait maternel.

A télécharger : Cherchez l'erreur


La MSN est un drame qui mobilise à juste titre l’émotion. L’étude alarmiste qui vient d’être publiée, et la réponse de l’UNICEF, relancent la controverse sur le rôle du cododo comme facteur de risque. La COFAM examine ici tous les aspects du problème sur une base scientifique. Car le cododo, s’il est pratiqué en respectant les nécessaires règles de sécurité,  est avant tout un facteur important de protection du nouveau-né.

Un article choc paru le 21 mai 2013 dans Actu Santé sur le Co-sleeping et la SMSN (Syndrome de Mort Subite du Nourrisson) conclue un peu vite que les enfants allaités qui partageaient le lit de leur mère constituaient le groupe le plus à risque.

Cet article reprend la conclusion d'une récente étude rétrospective de Carpenter et al. (2013) de la London School of Hygiene and Tropical Medicine sur 1.472 cas de mort subite du nourrisson et 4.679 cas témoins à partir de 5 études menées entre 1987 à 2003 et parues récemment dans le British Medical Journal (BMJ)  ; selon les auteurs, les enfants allaités qui partageaient le lit de leur mère étaient plus à risque du SMSN.

La réaction au niveau international parmi les experts en lactation a été immédiate, de l’UNICEF à La Leche League International et aux chercheurs spécialisés. Un papier blanc très  complet fait ressortir les failles majeures de cette étude et souligne la double protection de l’allaitement pour le bébé.1   : « L‘analyse a utilisé des données erronées ou manquantes, sans tenir compte des critères de confusion utilisés pour définir le partage du lit et les risques.[...] En examinant le rôle de l'allaitement maternel, les auteurs semblent ignorer un aspect essentiel du développement du nourrisson - l’allaitement contribue positivement à la santé infantile, à la fois pour la santé immédiate et à long terme aussi, non seulement comme une réduction du SMSN, bien qu’il en soit également un facteur de protection (Alm et al., 2002 ; Ford et al., 1993; Horne et al., 2004 ; McVea et al., 2000 ; Mitchell et al., 1992 ; Mosko et al., 1997; Scragg et al., 1993).2

Comme le souligne l'UNICEF dans son article paru sur leur site2, les données de cette étude sont incomplètes et l’analyse comporte de nombreux manques, notamment au niveau des variables sociétales et anthropologiques, et des critères qui définissent le co-sleeping. Ils déclarent donc :

« Les recommandations de l'UNICEF Royaume-Uni auprès des professionnels de santé sur l'information clé qui devraient être discutées avec tous les parents afin de protéger les bébés sont décrites ci-dessous. Elles sont destinées à être utilisées en conjonction avec la brochure Caring for your baby at night3 (Prendre soin de votre bébé la nuit) (PJ) et ne vont pas changer à la lumière des conclusions limitées de ce document. »

 La CoFAM est en accord avec les recommandations émises par UNICEF-UK sur le sommeil partagé dans le lit des parents4 (co-sleeping ou cododo) et rappelle également que l'allaitement nocturne à la demande peut être aussi avantageux pour la mère que pour l’enfant. Il favorise une bonne mise en route de la production de lait maternel, et prévient notamment

  • les engorgements, en permettant à l’enfant des tétées régulières et courtes en période de nuit
  • la baisse de la lactation, puisque la succion lors des tétées  est le principal régulateur qui stimule la production.

Le cododo évite aussi aux parents d’être obligés de se lever en pleine nuit , malgré la fatigue, pour nourrir et réconforter l’enfant.

Il revient donc aux parents de faire leur propre choix éclairé quant aux conditions optimales de couchage de leur enfant en suivant les critères de prévention. Des études reconnues et sérieuses montrent que le fait de partager le sommeil de l’enfant allaité n’augmente aucunement le risque de MSN lorsque les familles respectent « les sept conditions du sommeil partagé en toute sécurité » :

  1. famille de non fumeurs (y compris tabagisme pendant la grossesse),
  2. parents sobres, qui ne consomment pas de produits altérant le niveau d’éveil,
  3. mère qui allaite,
  4. bébé en bonne santé,
  5. bébé couché sur le dos,
  6. bébé peu couvert (éviter qu’il n’ait trop chaud),
  7. la mère et l’enfant partagent un endroit sans objets, sans creux et sans interstices qui pourraient nuire à la respiration de l’enfant.  

Quand on observe ces sept conditions, un bébé qui dort avec sa maman ne court pas plus de risque de MSN que s’il est seul dans son berceau.

Sources

1 SIDS: Risks and Realities : A Response to Recent Findings on Bedsharing and SIDS Risk

Sarah Ockwell-Smith, BabyCalming.com , Professor Wendy Middlemiss, University of North Texas , Tracy Cassels, University of British Columbia, EvolutionaryParenting.com , Helen Stevens, Safe Sleep Space, Professor Darcia Narvaez, University of Notre Dame

A Praeclarus Press White Paper, May 21, 2013
www.PraeclarusPress.com  

http://www.unicef.org.uk/BabyFriendly/News-and-Research/News/UNICEF-UK-Baby-Friendly-Initiative-statement-on-new-bed-sharing-research/)

3 http://www.unicef.org.uk/BabyFriendly/Resources/Resources-for-parents/Caring-for-your-baby-at-night/

4 Le document est disponible en français  « Partager un lit avec votre bébé : Un guide pour les mères qui allaitent »


Bien souvent les échanges entre parents provoquent discussions et réflexions. La présentation qui suit est issue d'un de ces échanges, d'une demande de références scientifiques concernant l'effet protecteur de l'allaitement maternel sur la santé de la mère et plus précisément la prévention du cancer du sein.

Facteurs de risques et de protection :

Les facteurs de risque de cancer du sein sont:

  • Age
  • Obésité IMC > 35 RR 2
  • Alcool RR 1.3
  • Tabac (controversé)
  • puberté précoce avant 11 ans RR 3
  • Ménopause tardive après 54 ans RR 2
  • Nulliparité RR 3
  • Contraception orale (controversée)
  • Traitement hormonal substitutif durant plus de 10 ans RR 1.35
  • Mutations géniques en particulier BRCA1 et BRCA2

Les facteurs de protection du cancer du sein sont:

  • l’exercice physique
  • la grossesse menée à terme et en particulier précoce :
    • la naissance d’au moins 1 enfant diminue de 25% le risque de cancer du sein
    • la naissance du 1er enfant avant 20 ans diminue de 30% le risque de cancer du sein par rapport à la naissance du 1er enfant après 35 ans ; 

Concernant l’effet protecteur de l’allaitement sur le cancer du sein, les nombreuses études existantes apportent des résultats hétérogènes du fait de biais méthodologiques. Cependant, plusieurs études et méta-analyses démontrent :

  • Une diminution de 33% du risque de cancer du sein chez les femmes ayant allaité 25 mois et plus au total, après ajustement de l’âge,de la parité et de l’âge de la 1ère grossesse à terme. (1)
  • Des différences encore plus significatives en raison d’écarts plus importants entre les populations en bas et haut risque :
  • RR 3,22 entre le non allaitement et l’allaitement plus de 5 ans
  • RR 2,86 entre une 1ère grossesse avant 20 ans par rapport à une 1ère grossesse après 30 ans (2)
  • Une diminution du risque de cancer de 4.3% par année d’allaitement (3)

Les travaux d’investigation menés par les groupes de travail du  PNNS (4) et de l’ANSES (5) ont conclu que “L’allaitement diminue de manière convaincante le risque du cancer du sein chez la mère.”

L’exposition aux hormones sexuelles (oestrogènes et androgènes ) étant un facteur de risque de cancer, l’aménorrhée durant l’allaitement, en permettant la diminution de ces hormones, réduit le risque de cancer du sein.

Une autre raison évoquée est l’élimination de cellules potentiellement porteuses de lésions de l’ADN. En effet il y a une exfoliation du tissu mammaire au cours de  la lactation. L'involution de la glande mammaire en fin d’allaitement entraîne une mort cellulaire massive.

Ainsi la diminution du cancer du sein avant et après la ménopause a été jugée convaincante.

Mais plus récemment, une étude (6) a mis en avant l’influence du TRAIL (tumor-necrosis-factor related apoptosis inducing ligand),  une cytokine qui induit ;le processus par lequel des cellules cancéreuses déclenchent leur auto-destruction en réponse à un signal: l’apoptose. Ceci sans toucher aux cellules saines.

Le but de cette étude était de le rechercher dans le colostrum et le lait humains, ainsi que dans les formules lactées commerciales.

“Cette étude a été menée auprès de mères qui avaient accouché dans un service de maternité de Trieste (Italie). Elles étaient en bonne santé, et avaient accouché à terme d’un bébé en bonne santé. Les dossiers des mères et des nouveau-nés ont été analysés. Entre 24 et 48 heures post-partum, les mères ont exprimé 1 ml de colostrum. D’autres échantillons ont été prélevés entre 72 et 120 heures post-partum chez des mères qui avaient accouché par césarienne, et qui restaient plus longtemps en maternité. On a recherché le TRAIL à l’aide d’une méthode immuno-enzymatique dans tous ces échantillons, ainsi que dans 7 types de formules lactées commerciales liquides prêtes à l’emploi de 5 marques différentes.

55 mères ont donné du colostrum, 10 d’entre elles ont également donné du lait à J4-J5, et 7 mères ont donné uniquement du lait à J4-J5. Le taux colostral de TRAIL était en moyenne de 19,87 ng/ml (1,50 à 298,16ng/ml). Le mode d’accouchement n’avait aucun impact significatif sur ce taux. Le taux lacté moyen était de 9,57 ng/ml. Il était intéressant de constater que le taux lacté et plus encore le taux colostral étaient considérablement plus élevés que le taux sérique de TRAIL constaté dans un groupe témoin de femmes d’âge similaire et en bonne santé (64 pg/ml). Le TRAIL était indétectable dans tous les échantillons de formules lactées commerciales analysés.

Cette étude est la première à mesurer le taux de TRAIL dans le colostrum et le lait humains. Elle démontre que le TRAIL y est présent à un taux considérablement plus élevé que le taux sérique (plus de 400 fois plus élevé). Même si ce taux baissait dans les jours qui suivaient la naissance, ils restaient bien plus élevés que le taux sérique, et ce taux était suffisant pour avoir un impact anticancéreux. En revanche, il était absent des formules lactées commerciales. On avait déjà constaté la présence dans le lait humain d’autres protéines ayant une action anti-tumorale, comme la HAMLET. Toutefois, au vu de l’importante activité anticancéreuse du TRAIL, qui est actuellement utilisé dans de nombreuses études évaluant son impact sur divers cancers, le TRAIL est un bon candidat pour expliquer le fait que l’allaitement est corrélé à une baisse du risque de certains cancers. À noter que certaines souches de lactobacilles induisent la production de TRAIL, et pourraient donc aciliter son activité apoptotique.”

Sources :

1-The independant associations of parity, age at firth full term pregnacy, and duration of breast feeding with the risk of breast cancer PM Layde, LA Webster, AL Baughman, and al J Clin Epidemiol 42 (1989) p 963-973

2- Etude turque de cas témoins  Risk factors for breast cancer in Turkish women with early pregnancy, and long-lasting lactation : a case controlstudy (B.Kuru, C.Osaslan, P.Ozdemir et al ; Acta oncol 2002 41(6) 556-561)

3- Breast cancer and breastfeeding : collaborative reanalysis of individual data from 47 epidemiological studies in 30 countries, including 50302 women with breast cancer and 96973 women without the disease (Lancet 360 (2002) (9328) p 187-195)

4- Nutrition et prévention des cancers, des connaissances scientifiques aux recomandations

5- Nutrition et cancer Rapport d’expertise collective Édition scientifique Mai 2011 ANSES

6- Human colostrum and breast milk contain high levels of TNF-related apoptosis-inducing ligand (TRAIL). Davanzo R, Zauli G, Monasta L et al.(J Hum Lact 2013 ; 29(1) : 23-5. Mots-clés : colostrum, lait humain, apoptose, anticancéreux, TRAIL.)


Mères allaitantes : tirer son lait plus efficacement avec l’expression simultanée

Danielle K. PRIME et collaborateurs, University of Western Australia "simultaneous breast expression in breastfeeding women is more efficacious than sequential breast expression", Danielle K. Prime, Catherine P. Garbin, Peter E. Hartmann, and Jacqueline C. Kentbreastfeeding medicine, volume 7, number 6, 2012, 442-447

Tractuction et commentaires par André MARCHALOT (Pédiatre, consultant IBCLC et expert du comité scientifique de la CoFAM)

De nombreuses femmes allaitantes utilisent l’expression du lait avec des modèles électriques, pour des raisons variées (maladie, convenance, travail). L’expression des seins après tétées est aussi un moyen efficace d’augmenter la production de lait.

Pour cela il convient d’utiliser un tire-lait efficace (ils ne le sont pas tous), qui permet d’obtenir rapidement du lait de façon confortable. Des informations optimales sont à donner aux mères pour en tirer le meilleur parti.

Cette étude compare l’expression simultanée des deux seins, à l’expression séquentielle, un sein puis le deuxième.

Au cours de cette étude il a été possible de :

  •  Calculer le volume de lait disponible dans les seins
  • Evaluer la quantité exprimée
  • Compter le nombre de reflexes d’éjection
  • Mesurer le pourcentage de crème dans le lait
  • Mesurer les différences entre le premier et le deuxième sein dans l’expression séquentielle

Les mères :  31 mères ayant accouché à terme, dont 70 % de primipares

  •  Production lactée optimale
  • Allaitement exclusif
  • Age moyen des enfants =19 semaines
  • 2 sessions d’expressions à 5 semaines d’intervalle
  • La première en SIM (expression simultanée), la deuxième en SEQ (expression séquentielle)

Le matériel

L’équipe d’Hartmann utilise le « Symphony » (ils ont un partenariat important avec la société Médela). La téterelle est de 24 mm. 

Au début, la fréquence d’expression est de 120 cycles/minutes

Puis, dès l’obtention d’un reflexe d’éjection (ref), elle varie de 54 à 78 cycles selon les mères. 

La dépression est laissée à l’appréciation des mères.

L’expression dure 15 minutes après l’obtention du 1er  reflexe d‘éjection. 

La quantité de lait produit est pesée pendant l’expression

A domicile entre les 2 séquences d’expression, la production pendant 24 h est mesurée, ainsi que la capacité de stockage.

Il est en outre demandé aux mères d’exprimer manuellement avant (1 minute) et après l’expression (5 minutes) pour apprécier le taux de crème dans le lait, le taux de plénitude des seins, la capacité de stockage.

Les résultats

Les résultats généraux

  • Production des 24h=788 ml (Gauche=407, droit=380)
  • Quantité moyenne exprimée : Gauche=71ml, droit=63ml
  • Capacité de stockage : gauche=143ml, droit=167ml

En SIM

  • 1er  réflexe obtenu en 102
  • Quantité de lait produite en 15 mn : 82 ml
  • 50% de la production atteints en 70
  • 80% de la production obtenue en 340
  • Taux de crème (en%) :
    • 1er  lait = 4. 4%
    • Lait exprimé = 8.3%
    • Dernier lait =12.6%
  • Nombre de ref  : 4.4

En SEQ

  • 1er  réflexe obtenu en 111 s
  • Quantité de lait produite en 15 mn : 70 ml
  • 50% de la production atteints en 200 s
  • 80% de la production obtenue en 387 s
  • Taux de crème (en%)
    • 1er  lait = 4.6%
    • Lait exprime = 7.3%
    • Dernier lait = 10.5%
  • Nombre de ref : 3.4

Dans la SIM

Il n’y a pas de différence significative entre les 2 seins, ce qui n’est pas retrouvé dans la SEQ

Dans la SEQ

Le ref est plus rapide pour le 2ème sein, le volume exprime du 1er  sein est supérieur à celui du 2ème sein, le taux de crème est identique dans les deux seins, celui des ref aussi

En conclusion

  • La SIM est plus efficace et plus « rentable » que la SEQ
  • La mère a plus de ref, obtient plus de lait, plus rapidement, ce lait est plus gras
  • 75 % du lait disponible dans les seins est obtenu contre 66% pour le SEQ

Mes commentaires (A Marchalot)

Il est agréable de trouver des études scientifiques qui confirment ce que l’expérience des mères et  des consultants nous avait déjà appris. Nous en comprenons mieux les mécanismes intimes.

Retenons tout de même qu’il convient d’utiliser un «  tire-lait » efficace en kit double pompage. Il n’y a pas que celui de l’étude citée qui peut convenir. Là aussi il convient pour les mères d’être bien conseillées.

André MARCHALOT, IBCLC 2000-2015, pédiatre (Mars 2013)