| Saint Jean de Roubaix | ||||||
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| 10 mai 2002 | ||||||
Interview de Marc Pilliot et Béatrice Chauvière Publiée dans le dossier de presse SMAM 2002, CoFAM La maternité de la clinique St Jean de Roubaix (Nord) est la seconde maternité en France à avoir demandé et reçu le label « Ami des bébés ». Cette maternité assure en moyenne 800 accouchements par an. Elle reçoit des mères de tous les horizons sociaux, y compris des familles en difficulté sociale et des parents d'origine maghrébine. Par ailleurs, plusieurs mamans choisissent d'accoucher là car elles connaissent la qualité d'accueil de la clinique. Peu de temps après l'évaluation qui s'est déroulée en avril (et avant le résultat de l'évaluation), nous avons demandé au docteur Marc Pilliot, pédiatre, et à Béatrice Chauvière, sage-femme, d'évoquer le cheminement de toute une équipe pour l'obtention du prestigieux label de l'OMS/UNICEF. Propos recueillis par Nathalie Roques. Depuis combien de temps votre maternité a-t-elle mis l'accent sur l'allaitement ? Marc Pilliot : Depuis très longtemps déjà nous avons décidé d'améliorer l'accueil du nouveau-né et de ses parents. En 1986, plusieurs membres du personnel de la maternité ont créé l'association L'Envol, dont le but est de modifier l'état d'esprit des professionnels autour de la naissance, pour un meilleur accueil des familles et des nouveau-nés. Cette association organise des réunions qui rassemblent souvent plus de 500 personnes autour d'un thème particulier. L'allaitement est dans ce contexte un sujet qui trouve sa place tout naturellement. Comment est né chez vous l'intérêt pour l'IHAB ? Marc Pilliot. Depuis le tout début, dès que nous avons eu connaissance de cette Initiative, nous avons pensé que nos pratiques pourraient tout à fait nous permettre d'obtenir le label. Mais nous pensions qu'il fallait absolument avoir un taux d'allaitement de 75% à la maternité, ce dont nous sommes loin, avec un taux actuel de 70% à la sortie de maternité. Quand nous avons appris, début 2000, que cela n'était pas nécessaire pour le label national*, nous avons alors tout de suite postulé pour être évalués. Comment votre équipe de professionnels a-t-elle amélioré son soutien aux mères qui allaitent ? Marc Pilliot. Nous sommes une équipe de professionnels qui s'estiment mutuellement et nous n'avons jamais travaillé seuls. Régulièrement, nous remettions en cause les attitudes classiques et systématiques d'accueil du nouveau-né. Pour mieux faire passer les messages dans notre équipe, nous organisions régulièrement des journées de l'Envol en faisant intervenir des spécialistes d'autres régions ayant la même recherche que nous. Cela nous a permis de beaucoup progresser, et aussi de faire bouger plusieurs maternités de la région. C'est ainsi que, au fil des années, nous avons introduit dans nos pratiques quotidiennes, le peau à peau, le complément éventuel donné à la tasse, la présence du père en salle de césarienne, la désobstruction non systématique du nouveau-né à la naissance, etc... Tous ces changements ne pouvaient que favoriser le bon démarrage de l'allaitement maternel. Notre propre formation sur l'allaitement maternel, ainsi que celle de toute l'équipe de la maternité, ont toujours été une préoccupation majeure dans notre clinique. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées pour la mise en place des 10 conditions IHAB ? Marc Pilliot. Nous avons rencontré deux difficultés. La première concerne le partage de la chambre durant la nuit. Depuis toujours, nous laissions les bébés auprès de leur mère pendant la nuit. Toutefois quand une mère exprimait sa fatigue pendant la journée, nous avions tendance à lui proposer trop facilement de prendre son bébé pendant la nuit. Il nous a fallu en prendre conscience pour arrêter ce discours et attendre la demande de la maman. Le stade suivant a été trouvé par les auxiliaires de nuit : la prise du bébé pendant la nuit n’est plus jamais proposée, elles attendent que la mère en fasse la demande, et dans ce cas, elles invitent la maman à attendre la fin de leur « ronde », c'est-à-dire vers 23 h. Dans la grande majorité des cas, en fin de soirée, la maman et son bébé se sont endormis et la demande devient caduque. Et la deuxième ? Béatrice Chauvière. Elle concerne l'accueil du nouveau-né en salle de naissance. Nous avons toujours laissé le bébé sur le ventre de sa maman au moins une demi-heure ou plus si la maman nous le demandait. Mais il était toujours difficile de résister à la tentation de peser, mesurer et de pratiquer les soins habituels pour remplir le dossier. Aujourd'hui, nous arrivons à laisser le bébé pendant une heure, voire beaucoup plus, sur sa maman. Mais il a fallu plusieurs réunions de service pour arriver à ce stade. Les soins d'aspiration ont été les plus difficiles à remettre en question. En dehors des situations médicales où l'aspiration est nécessaire, nous passons une sonde sans aspirer (ce geste est effectué sur le ventre de la mère le plus tard possible). Depuis l'évaluation IHAB, cette pratique est en train d'évoluer vers sa suppression. Les soins de routine, pesée, mensurations, habillage du bébé, sont faits depuis longtemps près de la maman en salle de naissance. Marc Pilliot. Cela a demandé une réorganisation du service, et une modification des pratiques pour certaines. Le passage de la sonde par exemple, était souvent une source de précipitation pour l'équipe : de peur de l'oublier, on prenait le bébé au bout d'une demi-heure pour effectuer ce geste technique. Béatrice Chauvière. Je vois encore une autre difficulté à laquelle nous nous sommes heurtés : l'interdiction de parler de l'alimentation au biberon pendant les séances prénatales de groupe. Mais finalement, cela n'a pas non plus posé beaucoup de réels problèmes : maintenant nous expliquons individuellement à chaque maman qui donne le biberon, un ou deux jours avant sa sortie, comment les préparer. Quel a été l'effet sur votre équipe de la préparation de l'évaluation? Marc Pilliot. Cela a eu comme effet de souder encore plus l'équipe autour du soutien à l'allaitement. Tout le monde a mis les bouchées doubles depuis que la date de l'évaluation est connue. Les plus réticentes au départ à l'idée d'être évaluées, qui le vivaient peut-être un peu comme un retour aux années scolaires, se sont finalement prises au jeu, et se sont préparées avec soin. Les mères qui allaitent donnent-elles plus de travail que celles qui donnent le biberon ? Marc Pilliot. Oui et non. Oui, au début, en maternité, il faut beaucoup d'écoute, de disponibilité. Mais d'un autre côté, c'est plus chaleureux, valorisant et gratifiant pour un professionnel d'accompagner avec efficacité une mère qui allaite. Il peut y avoir un véritable enthousiasme pour une équipe à travailler autour de l'allaitement... Béatrice Chauvière. ...mais parfois des soucis tout de même, avec des cas un peu plus compliqués. Ce matin, l'équipe discutait et quelqu'un a dit : « ce n'est pas parce que l'évaluation est passée qu'il n'y a plus de problème ; il nous reste quand même à nous occuper de cette maman qui a les mamelons ombiliqués ». Même si la motivation est là, il y aura toujours des situations délicates, et il faudra continuer à relever les manches. Marc Pilliot. Ce qu'on peut dire, tout de même, c'est que pour une équipe qui sait s'y prendre, accompagner les mères qui allaitent est beaucoup plus facile. Et après, il est plus simple de suivre un bébé allaité qu'un nourrisson au biberon. C'est en tous cas ce que je constate au niveau de ma pratique professionnelle, en cabinet de pédiatrie. Que vous apporte cette aventure pour obtenir le label IHAB ? Marc Pilliot. La reconnaissance pour toute une équipe, et avant tout pour les auxiliaires-puéricultrices, véritables piliers d’un soutien efficace à l'allaitement. Le label serait une véritable récompense après un travail long de plusieurs années. Site internet de L'Envol : http://site.voilà.fr/AssocLENVOL * : pour obtenir le label IHAB international, le taux d'allaitement doit être supérieur à 75%.
Kristina Löfgren pour envoyer un email Coordination Française pour l'Allaitement Maternel Secrétariat de l'IHAB, 12 Rue Parmentier, 33 510 Andernos les Bains Fax.05 56 26 00 84 |
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